Diego Trelles Paz – Bioy

Posté par Killing79 le 15 mars 2015

Violence péruvienne

Bioy

Lima au Pérou, années 80: L’Etat et la guérilla du Sentier Lumineux se livrent une guerre sans merci. Vingt ans plus tard, un des acteurs de ce conflit est devenu le leader d’un gang spécialisé dans la drogue et le crime organisé.

Mon avis:

« Bioy » est un roman puzzle. Diego Trelles Paz nous balade d’une époque à l’autre, de personnage en personnage grâce à des angles de vue variés. La ville de Lima au Pérou est le seul point commun à tous les chapitres du livre. On découvre les dessous de cette ville entre les années 80 et les années 2000. Successivement l’auteur utilise une narration à la première personne, une narration à la troisième personne, une narration cinématographique, une narration épistolaire et une narration sous forme de blog. Tous ces modes narratifs, qui semblent indépendants au premier abord, ne sont en fait que les différentes pièces du casse-tête. Parfois déstabilisantes, elles prennent tout leur sens au fil des pages. Ainsi imbriquées, elles relatent avec justesse l’histoire de ce pays. La puissance des cartels de nos jours et la guerre entre l’Etat et les communistes vingt ans auparavant deviennent alors une réalité tragique. On plonge dans les bas-fonds de la violence à outrance. L’auteur nous dévoile les conséquences de la folie et des plus bas instincts.

Pour moi, le scénario du roman n’a finalement pas vraiment d’intérêt et m’a paru plutôt comme un alibi pour pouvoir entrer dans le système vérolé et banalisé afin de l’exposer aux yeux des privilégiés. Diego Trelles Paz a une plume exigeante qui m’a beaucoup plu. Mise au service de la rédaction déstructurée, j’ai ressenti avec authenticité toute l’animosité et le point critique atteint par la violence dans cette partie du monde. Certaines scènes sont d’ailleurs malsaines à la limite du supportable et ne sont donc pas à mettre entre les mains des plus sensibles.

J’ai eu le plaisir de rencontrer Mr Trellez Paz aux « Quais du Polar » à Lyon. Il est extrêmement sympathique et particulièrement avenant, tout l’inverse de ce qu’il m’a raconté de sa ville d’origine. Belle découverte qui en appellera d’autres.

Buchet Chastel 342 pages

16/20

Ce livre fait partie de la sélection des explorateurs du Polar organisé par lecteurs.com

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Jake Hinkson – L’enfer de Church Street

Posté par Killing79 le 10 mars 2015

Religieusement noir

Ma lecture en cours

Sur un parking, Geoffrey Webb se fait braquer par un inconnu. Il propose à son agresseur trois mille dollars contre quelques heures de route en sa compagnie. Il va en profiter pour se confesser.

Mon avis:

Malgré son passé a priori extrêmement religieux, l’auteur prend un malin plaisir à caricaturer les adeptes de ces croyances. Geoffrey Webb, son personnage principal profite de la générosité et de la crédulité de tout le quartier pour s’élever au rang de personne respectable et respectée. Jusqu’au jour où un grave accident va tout remettre en cause et dévoiler une face bien plus sombre de sa personnalité.

Deux éléments de ce roman m’ont particulièrement intéressé. Tout d’abord, la narration à la première personne nous permet de découvrir ce que pense Geoffrey Webb. On découvre alors qu’il n’a rien d’un héros. Sous ses airs d’innocent, il nous apparaît comme un être qui ne pense qu’à ses intérêts personnels même si ceux-là vont à l’encontre d’autrui. Il sait être exquis lorsque la situation le demande, être hypocrite la plupart du temps et peut ainsi se fondre facilement dans la communauté. J’ai trouvé cette dualité jubilatoire parce qu’elle fait exploser tous les codes de ce milieu religieux, gangrené par la sournoiserie. Il est conscient et il assume sa malhonnêteté, ce qui le rend presque plus humain que les autres.

Ma seconde satisfaction vient de l’action sans interruption. Le rythme du livre est rapide et les événements s’enchaînent comme des dominos. Un drame en entraîne un autre et je me suis régalé dans cette chute libre aux enfers.

Bon premier roman sans aucun temps mort, qui m’a réjoui par son rythme et par son immoralité. J’y ai retrouvé une grande dose de perversion qui m’a apporté un bon bol d’air noir en ces temps de politiquement correct.

Neonoir Gallmeister 236 pages

16/20

Ce roman fait partie de la sélection Explorateurs du polar du site lecteurs.com

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Henning Mankell – Un paradis trompeur

Posté par Killing79 le 6 mars 2015

Vision de l’Afrique

Ma lecture en cours

Au début des années 1900, pour sa survie, Hannah est forcée de quitter sa Suède natale pour tenter une nouvelle vie en Australie. Durant le voyage et après plusieurs péripéties amoureuses, elle se retrouve propriétaire d’une maison de passes au Mozambique.

J’avais été déçu par ma première approche des polars de Henning Mankell. Dans l’exercice du roman, il remonte un tantinet dans mon estime. En effet, cette aventure, basée sur un personnage qui a réellement existé, m’a permis de passer un agréable moment. Même si j’ai eu un peu de difficultés à entrer dans l’histoire au début, même si le rythme du livre est assez lent, je ne me suis jamais ennuyé. Grâce à son expérience personnelle, l’auteur a su me faire voyager jusqu’au Mozambique, et me faire ressentir l’atmosphère particulière qui habite ce pays. La tension entre les Blancs et les Noirs est palpable et couvre les relations d’un voile de suspicion et d’instabilité. Par le jeu du hasard, Hanna issue de son milieu pauvre et froid, se retrouve avec le statut de privilégiée dans ce pays chaud. Son caractère va évoluer au fil des péripéties. Elle va devenir une femme totalement différente dont les convictions vont changer devant l’injustice humaine.
Henning Mankell a transposé sa vision de l’Afrique dans le microcosme d’un bordel. Il a réuni toutes les facettes de l’Homme dans la vie de cet établissement : l’amitié, l’amour, la haine, les vices, les mensonges… Avec un peu plus d’approfondissement, certains personnages auraient pu être vraiment attachants et le message plus percutant. Deuxième essai un peu plus convaincant, lecture simple et plaisante, qui ne marquera tout de même pas mes souvenirs, faute de véritable originalité dans l’histoire ou dans le style d’écriture.

Points (livre de poche) 373 pages

15/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points

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M.L. Stedman – Une vie entre deux océans

Posté par Killing79 le 28 février 2015

Découverte bouleversante

Une vie entre deux oceans

Rescapé de la grande guerre, Tom Sherbourne revient en Australie où il devient gardien de phare. Avec sa femme, il coule des jours heureux lorsqu’un événement va venir contrarié leur tranquillité.

La question que je me suis posée à la fermeture d’ « Une vie entre deux océans » est : Est-ce que les éditeurs ont lu cet ouvrage avant de le mettre sur le marché ? Car lorsque je l’ai eu pour la première fois entre les mains, j’ai levé les yeux au ciel et le dépit s’est emparé de moi. Visuellement, ce livre dégoulinait de niaiserie. Le titre et le dessin de la couverture choisi pour l’illustrer n’augurait rien de bon : une bonne vieille histoire d’amour à l’eau de rose…tout ce que je déteste.
Dès les premières pages tournées timidement, ma grande inquiétude a volé en éclats. J’ai été absorbé par l’histoire au point de littéralement dévorer les chapitres. L’auteur a su créer une fresque autour de l’attachement du couple et de l’amour maternel. Elle a mis en exergue qu’en amour, la vie peut devenir insupportable lorsque les intérêts de chacun s’opposent. Le déchirement des relations m’a pris au cœur et j’ai été bouleversé par les personnages, emplis de sentiments véritables. Le déroulement des événements, la succession de déceptions, la complexité des décisions et la dureté des conséquences ont déclenché une grande vague d’émois sur ma lecture. Les protagonistes sont dévastés par leurs émotions exacerbées et plus le livre avançait, plus le drame semblait s’épaissir. Jusqu’au bout le dénouement de l’histoire est resté incertain, et ce suspense m’a vraiment tenu en haleine.
Les lecteurs qui s’attendaient à un roman «qui fait du bien » comme la couverture le laissait présager, ont dû être déçus. Cet effet de surprise a eu un effet contraire sur moi et je me suis délecté de cette histoire sombre et terriblement captivante. J’ai émergé de cette aventure entre deux océans avec une boule au creux de l’estomac qui me laissera un souvenir profond à la fois d’amour et de désolation. A l’instar de « Les Hauts de Hurlevent », l’amour semble plus fort quand il est cruel.

Le livre de poche 521 pages

17/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

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Joyce Carol Oates – Mudwoman

Posté par Killing79 le 21 février 2015

Malaise déroutant

Mudwoman

Mudgirl a été abandonnée par sa mère dans des marécages. Sauvée in extremis, elle est recueillie par une famille d’adoption. Devenue adulte, Mudwoman est devenue Meredith Neukirchen, la première femme présidente d’université.

Lorsque je me suis renseigné sur Joyce Carol Oates, je me suis vite aperçu qu’elle faisait partie du clan des auteurs prolifiques. Mais contrairement à certains d’entre eux qui écrivent un roman de 100 pages par an, elle semble plutôt habituée à offrir de gros livres de type pavés. Et comme le veut le vieil adage « Mieux vaut la qualité que la quantité », j’ai craint à l’ouverture de « Mudwoman »entrer dans une nouvelle histoire superficielle.
Tels ne fut pas ma surprise et mon bonheur de découvrir qu’il n’en était rien. L’auteur nous narre le destin de Meredith avec une écriture exigeante et hypnotisante. Ce personnage principal et ses émotions sont parfaitement bien approfondis et j’ai voyagé sans résistance à l’intérieur du cerveau de cette fille miraculée devenue femme traumatisée. Faute d’une trame narrative passionnante, l’auteur s’amuse à nous dérouter à chaque scène créant ainsi une atmosphère déconcertante où le malaise est omniprésent. J’ai été balloté entre les rêves, les délires et les dépressions de cette héroïne de la vie. Cette plongée dans les bas-fonds d’un esprit torturé m’a secoué. Je suis ressorti ébranlé par la plume de Madame Oates qui a su renverser le poids de mes préjugés pour me compter parmi ses futurs adeptes.

Points (565 pages)

17/20

Ce roman fait partie de la sélection 2015 Prix du meilleur roman Points

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Anton Disclafani – Le pensionnat des jeunes filles sages

Posté par Killing79 le 13 février 2015

Bonne surprise…

Le pensionnat des jeunes filles sages

Années 30, en Caroline du Nord, Thea entre dans un internat de jeunes filles de la haute société sudiste. La tragédie familiale à l’origine de son admission reste un secret bien caché.

En découvrant le titre et la couverture du livre puis en lisant le résumé à l’arrière de celui-ci, je me suis senti légèrement dérouté. Plus de 500 pages sur le récit d’une gamine dans un pensionnat de jeunes filles avec des chevaux, je peux dire que je me suis lancé dans la lecture avec un enthousiasme plutôt mesuré. J’ai donc commencé à suivre les journées de Théa qui a atterri dans cet établissement pour des raisons inconnues. Même si certains passages m’ont paru un peu longuets, je me suis surpris à être intéressé au quotidien de ces jeunes femmes. Grâce à une approche approfondie des personnages et des relations entre les filles de cet âge-là, l’auteur m’a donné l’impression d’être un témoin de ce lieu et de cette époque. Les décors et l’ambiance générale sont parfaitement retranscrits. Outre les événements somme toute quelconques, Anton Disclafani a su inclure un suspense lié aux raisons mystérieuses de l’arrivée de Théa au pensionnat et des scènes de sexe assez sensuelles. Ainsi le texte évite de tomber dans la niaiserie inhérente au thème de l’histoire et à la jeunesse des protagonistes. Les péripéties restent enfantines, mais je me suis senti à l’aise dans cet univers. Un lectorat de femmes saura sans doute mieux apprécier cet ouvrage grâce à une meilleure compréhension de la psychologie féminine, qui comme chacun sait, est plutôt difficile à concevoir pour nous les hommes…

Le livre de poche 523 pages

14/20

Ce livre fait partie de la sélection du Prix des lecteurs Le livre de poche 2015

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