Sorj Chalandon – Le quatrième mur

Posté par Killing79 le 25 janvier 2015

Magnifique!

Ma lecture actuelle...

Samuel avait un rêve fou: Monter la pièce « Antigone » de Jean Anouilh dans Beyrouth en guerre. Et cela en prenant comme acteurs, des fils et des filles de chaque camp.

Sorj Chalandon reprend comme à son habitude le thème du mentor et du parcours initiatique. Le narrateur a croisé le chemin de Samuel et depuis ce jour, il est devenu pour lui un genre de maître à penser. Admiratif devant son passé révolté, il va lier son destin aux convictions de cet homme. Toutes ses actions et ses décisions vont alors passer par la validation de Samuel.
Sous prétexte de théâtre, on est transporté au Liban, melting-pot de toutes les cultures. On découvre dans des paysages de désolation, des personnages de religions différentes qui vont s’illustrer par une bonté et une générosité à toutes épreuves. Une fois sur place, la puissance du roman nous explose au visage lorsque l’insouciance candide des occidentaux rencontre la déchirante réalité de ce pays. Sorj Chalandon nous emporte au cœur d’une guerre civile au milieu des balles et des bombes. La dureté et la soudaineté des assauts nous prennent à la gorge et on passe certaines scènes comme asphyxié. On reste en apnée, en manque d’air en espérant que ça passe. Sorj Chalandon est au sommet de son art avec une plume magnifique. Témoin privilégié des conflits de par son ancien métier, il a su retranscrire le réalisme de ces guerres et je suis ressorti groggy de cette expérience qui navigue entre poésie et carnage avec dextérité.

Le livre de poche 327 pages

18/20

Ce livre fait partie de la sélection Prix des lecteurs littérature du Livre de Poche

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Gilles Leroy – Le monde selon Billy Boy

Posté par Killing79 le 20 janvier 2015

Ses origines

Le monde selon Billy Boy

Fin des années 50, Eliane a vingt ans quand elle tombe enceinte. Seulement le futur père, André, lui n’a que dix sept ans et ses parents s’opposent au mariage.

L’œuvre de Gilles Leroy oscille entre des biographies de femmes illustres et des romans aux inspirations autobiographiques. Avec « Le monde selon Billy Boy », il revient sur un thème qu’il a déjà abordé et qui lui tient à cœur : Il nous fait entrer dans l’intimité de sa mère. Il nous raconte le changement de trajectoire du destin de cette femme, le jour où elle a rencontré le père de son enfant. Pour ce faire, il associe des faits réels à des éléments romancés pour fluidifier le récit et pour s’approcher au plus près de la réalité vécue par sa famille. Grâce à la qualité de l’écriture de Gilles Leroy, on devient alors partie intégrante du corps d’Eliane et on ressent ses hésitations, ses doutes, ses blessures mais aussi ses joies. Les sentiments et les sensations corporelles de cette fille, abandonnée de tous, sont parfaitement retranscrits.
C’est un texte plein d’amour et de tendresse mais qui pâtit des défauts inhérents aux autobiographies. Il agit comme un exutoire pour l’auteur. C’est une manière de s’interroger lui-même sur ses origines. Il semble vouloir se rassurer sur le fait qu’être un enfant non désiré ne fait pas forcément de lui un être mal aimé. Et que malgré les obstacles, l’amour d’une mère est plus fort que tout. En dépit d’un très beau style d’écriture, cette histoire somme toute ordinaire me parait donc plus indispensable à Gilles Leroy qu’à ses lecteurs.

Mercure de France 250 pages

13/20

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Ken Follett – Les piliers de la terre

Posté par Killing79 le 30 décembre 2014

Pavé romanesque

Les piliers de la terre

Angleterre 12ème siècle, tout  le monde vit au rythme de la construction de la cathédrale du prieur de Kingsbridge.

Ken Follett nous entraîne au Moyen Age où le monde était dépendant des conflits qui découlaient des ambitions personnelles. Ces ambitions qui pouvaient tout aussi bien être des désirs de puissance et de richesse que simplement un besoin de travail ou de nourriture. Mais pour arriver à leurs fins, les protagonistes mettaient tout en œuvre engendrant à coup sûr des dommages collatéraux. L’égoïsme de chaque individu créant une succession d’événements qui se soldaient souvent par des drames.
Fort d’une reconstitution très réaliste, l’auteur nous fait découvrir un univers dans lequel se croise une pléiade de personnages qui représentent chacun une classe sociale de l’époque. Alternant les points de vue, on suit des membres du clergé, des seigneurs puissants, des chevaliers sanguinaires, des pauvres travailleurs, une princesse déchue ou un roi en dilettante… Ken Follett aborde ainsi tous les thèmes liés à cette période de l’Histoire entre pouvoir religieux, décisions politiques et influence du peuple. Les relations plutôt tendues entre les différents clans et la multitude de péripéties m’ont permis de rester absorbé par l’histoire jusqu’au bout. Les personnages sont constamment confrontés à l’injustice humaine et je me suis même pris d’affection pour certains personnages très attachants.
Peut-être un peu trop manichéen sur l’ensemble et répétitif sur la fin, « Les piliers de la terre » n’en reste pas moins une œuvre considérable tant dans le travail qu’elle a dû demander que dans la réalité historique à laquelle elle nous fait participer. J’ai passé un long et grand moment ce pavé entre les mains et garderais un bon souvenir de cette fresque romanesque imbibée d’Histoire.

Le livre de poche 1050 pages

16/20

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David Foenkinos – Charlotte

Posté par Killing79 le 29 novembre 2014

Mise en lumière d’une artiste oubliée

Lecture en cours

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre injustement oubliée, de sa jeunesse en Allemagne jusqu’à sa mort tragique à l’âge de vingt six ans.

Pour nous narrer l’existence de cette femme au destin peu commun, David Foenkinos a choisi un style particulier proche du poème, fait de courtes phrases, avec un retour à la ligne à la fin de chacune d’elle. Ce mode original qui demande un temps d’adaptation, rend tout de même la lecture fluide même si le rythme en ressort légèrement saccadé par moment. Il a aussi décidé de synthétiser cette courte mais foisonnante vie, dans un roman très court lui aussi. La brièveté de l’ouvrage a pour conséquence de passer trop rapidement sur les faits en omettant d’approfondir les sentiments associés. De plus, David Foenkinos écrivait jusque-là des textes plutôt légers et cela semble le desservir lorsqu’il s’agit de traiter d’un sujet beaucoup plus grave. En effet, les évènements présentés transpirent la dureté ambiante de l’époque, mais le déficit de profondeur m’a empêché d’être absorbé par le drame. J’ai suivi toute la vie de Charlotte, j’ai lu ses douleurs mais je ne les ai pas ressenties. Pour sa défense, l’auteur en était à son coup d’essai. Et comme dirait un professeur « C’est encourageant ! » car il a eu le courage de sortir de ses frivolités habituelles, au risque de déplaire à son lectorat, pour se lancer sur ce thème véritablement dérangeant. Ce changement de cap me donne l’espoir qu’il persévérera dans ce sens parce que j’ai malgré tout beaucoup apprécié cette courte et ambitieuse plongée dans le passé tragique de Charlotte Salomon.

Gallimard 224 pages

15/20

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Serge Joncour – L’écrivain national

Posté par Killing79 le 24 novembre 2014

Fraicheur rurale

L'ecrivain national

Le narrateur écrivain est invité à passer une semaine dans un village du centre de la France pour rencontrer son lectorat. Sur place, il découvre un fait divers anodin mais qui va rapidement l’obséder.

Serge Joncour nous donne accès au quotidien d’un écrivain des plus communs. Ce n’est pas l’histoire d’un auteur superstar qui est reçu en grande pompe dans les plus grands événements littéraires, mais simplement les anecdotes d’un auteur qui arpente les moindres petits villages pour échanger autour de son œuvre et participer à des ateliers d’écriture avec ses lecteurs. On passe alors de l’autre côté du rideau pour découvrir l’envers du décor. Et c’est là que le talent de Serge Joncour intervient. Sous couvert d’une enquête personnelle, on le suit dans une aventure où les paillettes n’ont pas leurs places et dans laquelle l’humain est au cœur du débat. On assiste à des scènes cocasses et l’auteur n’hésite pas à décrire des situations où il se ridiculise auprès de la population locale. Il nous dévoile une galerie de personnages souvent loufoques qui connaissent tout sur tout le monde, et qui deviennent progressivement omniprésents dans sa propre vie. Pour ne pas se laisser domestiquer par cette communauté envahissante et poursuivre sa quête sentimentale, il va maladroitement (et c’est souvent très drôle) tenter de se justifier et essayer de se sortir des nombreux pétrins dans lesquels il s’est fourré. La vie et les relations dans une petite bourgade sont parfaitement retranscrites, et j’ai moi-même eu l’impression de faire partie de cette micro société le temps du livre.
Il nous dresse un tableau sans fioritures mais extrêmement attendrissant de la solitude du métier d’écrivain dans la promotion de son art. Cette lecture a été pour moi un vrai dépaysement rafraîchissant et a apporté la bonne humeur du fin fonds de Donzières jusqu’à chez moi.

Flammarion 389 pages

16/20

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Philippe Jaenada – Sulak

Posté par Killing79 le 29 octobre 2014

Gentleman voyou

Ma lecture actuelle

Dans les années 80, Bruno Sulak fut l’homme le plus recherché de France. Spécialiste des braquages audacieux, il fit tourner les têtes des autorités pendant une longue période.

Philippe Jaenada se propose de nous présenter une biographie de Bruno Sulak le braqueur. Remontant à ses origines polonaises, il nous fait découvrir ce personnage avec un grand P. Car oui Sulak (peu de gens s’en souviennent) a été un personnage à part entière dans le paysage des malfrats des années 80. Sous la plume de l’auteur, il devient même une sorte de gentleman braqueur dont on se fait une belle idée. Il est ambitieux, galant, excentrique et insolant. Malgré ses multiples méfaits, il nous apparaît comme un homme poli plein de principes et presque sympathique. On suit donc avec délectation sa vie mouvementée, ses aventures à répétition et sa fin mystérieuse.
L’écriture de Jaenada est agréable et j’ai particulièrement apprécié l’humour avec laquelle il intervient dans l’histoire pour placer des petites parenthèses personnelles. Elles sont peu fréquentes et n’handicapent pas le récit mais permettent des petits clins d’œil et des sourires bien venus.
En conclusion, j’ai beaucoup aimé le style pétillant de Philippe Jaenada et l’histoire improbable de ce gangster haut en couleurs. Le roman est parfois répétitif dans la description des nombreux délits perpétrés, mais notre Bruno Sulak national méritait bien ça, pour rétablir une vérité sur ce destin hors du commun.

Point (poche) 504 pages

15/20

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